Lorsque des jeunes du Mali signent un ouvrage collectif : 200 poèmes pour Ramata Diarra

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La nuit du 13 Mai 2018, à Fana, un village environnant de Bamako, une petite fillette de 5 ans a été lâchement et sauvagement enlevée et arrachée des bras de sa maman. Peu après, elle a été retrouvée décapitée et éventrée. Pour dénoncer ces ignominies d’un autre siècle, des jeunes s’unissent pour signer un ouvrage collectif intitulé « 200 poèmes pour Ramata Diarra »

Cette histoire a choqué et indigné plus d’un sur les réseaux sociaux, les médias classiques du Mali et la presse internationale. Tous témoignant de leur indignation face à tant de bestialité et l’incompréhension de tels actes en 2018, un siècle où des organisations de défense des Droits de l’Homme sont créées chaque jour et où l’on se dit « civilisés ». Cette initiative a été inspirée par Aicha Diarra, présidente de l’organisation ‘’La Voix du Mali’’ et également jeune écrivaine militante des Droits de l’Homme.
La chasse aux albinos…
Il faut dire la vérité, ce n’est pas une pratique récente mais avec les différents moyens de communication, de plus en plus de personnes osent dénoncer cette pratique, briser le silence. Depuis des années, les albinos subissent au Mali rejet et tueries, surtout à l’approche des élections présidentielles. Ils sont victimes de sacrifices humains et de superstitions. C’est devenu une habitude d’assister pendant ces périodes à leurs enlèvements ou à leurs assassinats. Certaines croyances disent que les marabouts et féticheurs peuvent fabriquer des gris-gris qui procurent la richesse et le pouvoir à partir des cheveux, du sang, de la tête ou des parties génitales d’un albinos. Cela est dû à une culture de l’ignorance pure diffusée par certains individus malfaiteurs que nous appelons marabouts et féticheurs. Beaucoup d’entre eux sont des dangers pour notre société en termes de vie humaine et de stabilité sociale. Aucun système n’est mis en place pour contrôler ces pratiques et aucune réglementation éthique ne leur est reconnue. Donc n’importe qui peut se lever, dire des balivernes et on y assiste sans dire mot ou sans rien faire. Selon Ikponwosa Ero, experte à l’ONU :
« Les albinos sont un groupe en danger, menacés de disparition méthodique si rien n’est fait pour arrêter ces atrocités. »
Le rejet et les sacrifices rituels dont les albinos sont victimes sont des pratiques qui remontent à très longtemps et qui continuent de hanter les croyances populaires car certains sont incapables de donner une définition biologique à cette différence naturelle. Souvent, ils sont définis comme des êtres possédant de la magie.
Qu’est-ce que donc l’albinisme ?
L’albinisme se définit comme « une anomalie génétique et héréditaire qui affecte la pigmentation et se caractérise par un déficit de production de mélanine Elle fait partie du groupe des photo-gènodermatoses, affections génétiques de la peau aggravées par la lumière solaire qui touche les mammifères, y compris les êtres humains, les oiseaux, les poissons, les amphibiens, les reptiles etc. et sont appelés Albinos. Ce déficit peut aller jusqu’à l’absence totale de pigment mélanique dans l’iris et les téguments (épiderme, poils et cheveux, plumes), malgré la présence normale en nombre de cellules pigmentaires ou mélanocytes.
Pourquoi cet ouvrage collectif ?
Dans la nuit du 13 Mai à Fana, après avoir été arrachée à sa mère, Ramata Diarra petite fillette de 5 ans a été retrouvée quelques temps après égorgée, décapitée et éventrée. Tels sont les témoignages de sa mère, une inconsolable mère meurtrie par la perte de son enfant et de la manière la plus cruelle « Ils ont pris mon enfant, aux aurores, j’ai vu l’homme. Il a quitté la cour avec mon enfant, j’ai essayé de le poursuivre, mais je n’ai pas pu l’avoir. J’ai crié, j’ai crié et les gens sont sortis, les voisins aussi pour nous aider. Nous n’avons pas pu le rattraper », a confié la mère de la fillette qui est revenue pour sauver sa seconde fille.
Le cas de Ramata Diarra n’a laissé personne indifférent. On a vu des photos circuler sur les réseaux sociaux de cette pratique qui est toujours aussi répandue car l’État ne fait presque rien pour lutter contre cette croyance. Par ailleurs, les bourreaux ne sont jamais identifiés alors qu’ils devraient être mis aux arrêts. On croirait même que l’État cautionne ces pratiques puisque leur silence est accusateur et la société civile qui n’en parle pas devrait engager le débat, mener des sensibilisations autour du sens même de l’albinisme. Cette petite fille est une victime de trop, c’est pourquoi ils sont nombreux à rassembler leurs voix pour demander justice et protection de nos frères et sœurs albinos. L’ouvrage collectif est destiné à susciter l’indignation, la révolte et la mobilisation afin de lutter contre cette pratique inhumaine, dégradante, avilissante qui, a coûté la vie à un nombre incalculables de nourrissons, d’enfants, d’adolescent(e)s , de femmes et d’hommes au motif qu’ils étaient albinos.
Ils sont plusieurs à participer à cet ouvrage: des écrivains, des bloggeurs, des journalistes, des enseignants, des étudiants pour mettre fin à la chasse aux albinos. Un adage dit : « Seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin ». Ce projet en est l’illustration parfaite.
A travers la fillette Ramata Diarra, un hommage sera rendu à tous les albinos ayant perdu la vie dans les mêmes circonstances. Cet ouvrage vise, à travers des écrits, à trouver les mots pour maintenir vivante la mémoire d’une enfant victime de croyances superstitieuses rétrogrades, et par la même occasion à secouer une société qui s’est appropriée cette superstition caractérisée par son indifférence et son absence d’engagement militant.

Pour participer à cet ouvrage, écrivez un mail à cette adresse : ramatadiarraalbinos5ans@gmail.com
Nous espérons essuyer les larmes de sa famille : « Je souffre, tout le monde dans les parages souffre. Son père et moi, nous sommes meurtris et fatigués. Ce que nous souhaitons c’est que ce genre de pratique cesse, que tout le monde se lève et qu’on trouve des solutions. » Dixit Hawa Touré la mère de la victime.

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